Entretien avec le Docteur Sophie Dumery, médecin formateur
pour le comité régional Ile-de-France de la Fédération
française de randonnée pédestre et membre de la
commission médicale de la FFRP.
- Quelles sont
les contre-indications à la pratique de la randonnée ?
Dr Dumery :
La randonnée consiste en d'assez longues marches (10 kilomètres
et plus) à un rythme soutenu (au moins 4km/h). Il est donc préférable
de ne pas avoir de gros problèmes de squelette. Le mouvement
répétitif de la marche peut gêner les personnes
ayant des ennuis de genoux ou de chevilles et des anomalies du squelette
(jambes en X, pieds plats
). Ce ne sont pas de réelles contre-indications,
mais cela peut limiter le plaisir de marcher. Heureusement, la randonnée
s'adapte à tout le monde. Les personnes qui souffrent de handicaps
physiques peuvent randonner en binôme au sein du groupe avec un
ami valide (voyants et non-voyants par exemple). Il faut en revanche
mettre en garde les personnes allergiques : la randonnée expose
naturellement à la faune et la flore, donc aux pollens et aux
piqûres d'hyménoptères. Prudence dans ce cas.
-Quels sont les bénéfices pour
la santé liés à la pratique de la randonnée
?
Dr Dumery :
La randonnée est un excellent sport qui permet de s'occuper
de son corps et d'en percevoir les limites : on peut parler de véritable
éducation à la santé. La randonnée incite
à une bonne hygiène de vie, notamment chez les personnes
sédentaires. La marche est bénéfique aux personnes
souffrant d'ostéoporose et elle développe les capacités
respiratoires. D'une manière générale, la pratique
régulière modérée de la marche rééduque
les malades cardiaques ou vasculaires, elle améliore aussi le
contrôle du diabète.
S'il est bon de marcher pour éviter de prendre du poids, ce n'est
pas conseillé pour maigrir : dans ce cas, on est tenté
de forcer, ce qui épuise le corps sans lui faire perdre du poids.
-Quels sont les traumatismes les plus fréquents
?
Dr Dumery :
Les randonneurs se font surtout des entorses de cheville. Chez
les personnes souffrant d'ostéoporose, il peut se produire des
fractures lors des chutes. Les articulations souffrent en cas de mauvaise
technique de marche, d'autant plus en cas de surpoids ou de trajets
inadaptés. A bien rappeler : la faune et la flore exposent aux
allergies (rhume des foins, crises d'asthmes
) chez les personnes
prédisposées. Les morsures de " grosses bêtes
" ne sont paradoxalement pas dues aux animaux sauvages mais essentiellement
aux chiens, à proximité ou non des habitations. Enfin,
les personnes négligentes risquent insolations, coups de soleil
sévères, hypoglycémies et déshydratation.
Tout est affaire de prévention.
-Quelles sont les limites d'âge ?
Dr Dumery : Il n'y a pas de limites d'âge, les enfants
peuvent randonner dès qu'ils savent marcher. Une règle
empirique est qu'on peut parcourir avec l'enfant autant de kilomètres
par jour que son âge (6 ans=6 kilomètres). Vers 14-15 ans,
l'ado peut faire les mêmes randonnées que les adultes
mais il ne le souhaite pas toujours ! Les gens âgés sont
souvent limités par l'évolution d'une arthrose. Dans ce
cas, il faut réduire la distance de randonnée et choisir
des terrains peu accidentés en période douloureuse.
-Quels sont les équipements recommandés
?
Dr Dumery : Le randonneur doit avant tout s'équiper de
bonnes chaussures, légères, avec des semelles qui absorbent
les chocs. Un pantalon large est préférable à un
short pour éviter les égratignures et les coups de soleil.
Dans son sac, il faut prévoir le nécessaire en cas de
changement de temps (pull, poncho anti-pluie
). Emmener également
de la crème solaire, de l'anti-moustique et un chapeau. Pour
l'eau, il faut compter au moins 1,5 litre et des points de ravitaillement
pour remplir la gourde ; avoir aussi des vivres de course (barres énergétiques,
fruits secs, gâteaux secs) pour éviter l'hypoglycémie
qui perturbe la vigilance et accroît le risque de chute. Attention
néanmoins à ne pas emmener de choses superflues, le poids
du sac ne doit au mieux jamais dépasser 10% du poids du corps.
Dans tous les cas, il est préférable de pratiquer la randonnée
en groupe d'au moins quatre personnes, l'une d'elles pouvant prévenir
en cas de problème. Il est vivement conseillé de se faire
accompagner par un animateur breveté connaissant bien le trajet.
Formé entre autres aux premiers secours, il organisera la randonnée
avec une prévention maximale des risques.